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cataloguedebibliotheque.1272137138.jpegJ’ai le billet de Bertrand Callenge ouvert depuis plusieurs semaines dans mon navigateur (ce n’est pas bon signe). J’ai eu également celui de Lionel Dujol ouvert sur mon bureau quelques temps (mais j’avais trouvé le temps de trousser une rapide réponse).

Je suis largement d’accord sur le fond avec les deux : les usagers ne viendront pas taguer et commenter en masse les catalogues des bibliothèques qu’ils fréquentent (ou pas) : ils ne se transformeront pas tous demain en bibliothécaires, pas plus qu’ils ne sont devenus tous citoyens, ou que tous les internautes sont devenus des personnes qui coopérent entre elles en puissance.

Pour autant, il me semble que le refus du « 2.0 » qu’énonce Bertrand Callenge dans son billet est désastreux (il me semble en même temps, assez symptomatique de la vision des bibliothécaires – rien de personnel Bertrand, au contraire, je cherche à discuter pas à condamner. Votre billet est d’ailleurs plus subtil, mais son impression d’ensemble me donne plutôt le sentiment d’un refus, d’un rejet, d’un « ça ne sert à rien »). Oui, le 2.0, ce n’est pas des gens qui font des choses pour les autres : ce sont des gens qui font des choses pour eux et c’est l’agrégation de tout ce qu’ils font (pour eux) qui prend un sens collectif. L’utilisateur n’a aucun intérêt à mettre un commentaire ou une étoile au moindre livre emprunté ou lu, signalé par le catalogue de sa bibliothèque… Aucun, tant que cela ne lui rapporte pas. S’il le fait sur Amazon, c’est parce que cela lui apporte de la visibilité. S’il le fait sur LibraryThing ou Babelio, c’est parce qu’il documente son propre catalogue, sa propre collection, et que celle-ci participe de l’ensemble de la documentation… Et il ne le fera pas sur le catalogue de sa bibliothèque si cela ne sert que la bibliothèque (sauf s’il est très altruiste, mais je ne suis pas sûr qu’il y en ait beaucoup).

Ce que nous enseigne le 2.0 (et le web social son successeur), c’est que le service de la bibliothèque peut être rendu autrement qu’il ne l’est. Que la fonction d’identification et de localisation d’un document (ce sont là les deux principales fonctions du catalogue selon Bertrand Callenge, et il a raison) n’est pas nécessairement limitée au catalogue lui-même. Mais surtout, que finalement, ces deux fonctions sont très limitatives dans l’usage même que les usagers font du catalogue : si la localisation d’un document n’est que ce qu’on trouve dans une requête sur un catalogue, ce n’est pas nécessairement ce qu’on cherche ! Quand on cherche un titre sur Amazon ou dans un site social de lecteur, ce que l’on trouve n’est qu’une partie de la réponse.

Les usagers, d’abord, cherchent des références, des titres, des bibliographies… Le fait que ma bibliothèque les possède, que ces documents soient disponibles ou pas, ne sont qu’une réponse à une question plus vaste… Le fait que la bibliothèque ne les possède pas est aussi une indication : pour ma part, c’est souvent une bascule qui conduit ma requête sur le site d’un libraire (ou inversement).

Le catalogue est un outil, avant que d’être l’outil de l’identification et de localisation dans une collection particulière… Et ce d’autant que la bibliothèque à l’heure du numérique n’a pas seulement vocation de nous aiguiller dans ses propres contenus, mais également dans l’océan des contenus… Comment donc imaginer que ce catalogue s’arrête aux contenus que la bibliothèque possède et ne possède pas. Enfin, cet outil pourrait avant tout être un outil personnel, qui, parmi ses nombreuses fonctions, nous aiderait également à trouver de l’information dans nos bibliothèques.

Accéder au document n’est qu’une forme de la relation à l’usager : celle que les bibliothèques mesurent (les documents qu’ils prêtent, qu’ils servent…). Mais l’essentiel de la relation n’est pas mesurée. L’accès au catalogue me sert à construire ma propre documentation, à construire mon propre parcours documentaire – et il me semble que c’est bien plus important que d’accéder au seul livre : d’autant que tous les livres que je cherche ne sont pas disponibles dans la bibliothèque, loin s’en faut… En tant qu’usager, je peux vouloir récupérer les notices des livres que j’emprunte, les recherches que je fais sur le catalogue de la bibliothèque (et qui seraient plus riches encore si elles n’étaient pas limitées au seul catalogue de la bib). Mieux, je veux connaître les titres qui se rapportent à celui que je cherche : la bibliothèque a-t-elle d’autres nouveautés relatives au livre que j’ai cherché, quels sont ses titres de fonds là-dessus…

Nos bibliothécaires (2.0) Bertrand, Lionel et Silvère (…) ont raison d’insister sur l’importance de la médiation numérique avec l’usager, sous toutes ses formes. Mais dans le cadre de la bibliothèque, une grande part de cette médiation commence et se termine par la consultation du catalogue. Quand on interroge un catalogue de bibliothèque, la frustration repose sur le fait qu’il n’y ait pas de réponse ou pas de livres disponibles en réponse à sa question… Qu’il n’y ait pas de suggestion à une absence de réponse (et pas seulement des suggestions lorsqu’il y a une réponse). Qu’est-ce qu’un catalogue qui ne me fait pas de suggestion de réponse quand Google, Google livre, Amazon ou LibraryThing m’apportent toujours des réponses à mes requêtes ? La seconde frustration repose sur l’impossibilité de s’en servir comme d’un outil totalement personnalisable, et donc totalement 2.0. Impossible en effet d’y gérer ses lectures, ses envies, aussi souplement qu’on le fait avec LT, Babelio ou Amazon (et à la bibliothèque de bénéficier de ces ajouts).

Nous avons besoin de catalogues 2.0 car il nous faut penser le catalogue comme un service et non pas comme un objet documentaire (voire les propos de David Aymonin rapportés par Olivier Ertzscheid : « une archive c’est un service, ce n’est pas un contenu »). Le catalogue est un service, ce n’est pas un contenu, pourrait-on facilement paraphraser. Si l’on veut que l’usage des catalogues soient plus effectifs, il faut les penser dans un logique de service plutôt que dans une logique documentaire ou institutionnelle. Un catalogue 2.0 c’est penser le catalogue comme un service et non plus comme un outil fonctionnel qui servirait uniquement à identifier un document et le localiser.

Comment valorise-t-on l’existant pour mieux répondre aux utilisateurs ? Comme le dit Olivier Ertscheid, cette médiation ne peut s’effecturer qu’a proximité des contenus… Et l’endroit où ils sont les plus proches, quand ils ne sont pas numérisés, est bien le catalogue.

Enfin, le catalogue est aussi une matière en soit : il doit pouvoir être indexable, mixable, partageable : comme aujourd’hui ont partage la critique du livre qu’on publie sur Babelio ou celle du film qu’on a vu sur TheAuteurs…

Bien sûr, construire un service est une autre logique que construire un catalogue. Elle suppose de savoir construire un catalogue déconnecté d’une collection : la mise en valeur de la seule collection ne peut plus être le but unique d’un catalogue à l’heure où tous les contenus sont potentiellement accessibles. Le catalogue de demain c’est celui qui donne accès à tous les contenus, qu’ils soient dans ma bibliothèque, comme ceux qui n’y sont pas. L’important c’est la notice, l’information qu’elle dispense, plus que la colletion. Pas la notice pensée comme un objet figé, mais celle qui révèle aussi son parcours : la notice qui connaît la date à laquelle elle a été produite et qui peut se considérer comme une nouveauté pendant 6 mois ou 1 an, selon la taille du flux documentaire dans la catégorie où il est rangé. La notice qui sait faire des relations entre auteurs, univers (celle qui vous dit en cherchant Garcia Marquez que vous pourriez lire aussi Jorge Amado), etc. Et de ce côté là, on peut toujours faire mieux qu’Amazon ou LibraryThing, qui tout deux ont réinventé le catalogue – et sont parties de là ! Faire autrement. Proposer d’autres modes d’entrée dans le catalogue comme l’imaginent BookLamp ou BookWok par exemple.

Il me semble que le catalogue est le corps du métier des bibliothécaires. Son objet n’est pas seulement qu’il soit lisible par des machines, comme l’indique Emmanuelle qui s’interrogeait récemment également sur ce sujet, mais bien qu’il produise des données utilisables par les humains : « Mais ces métadonnées, on en aura besoin. Elle constituent la colonne vertébrale de tout le reste. Pas de bibliothèques numériques, de blogs, de machins 2.0 sans une solide base de métadonnées sur laquelle construire tout cela. ». Le catalogue n’est pas has been en soit. Ce que nous a montré Google Books (quand il montrait les relations entre les livres), c’est qu’une grande part des interactions sont contenus dans les bases de données, dans leurs utilisations et donc dans les catalogues. Ce n’est pas seulement les métadonées qu’il ne faut pas abandonner, c’est aussi l’usager. Les catalogues ne sont pas has been : tous les sites web d’aujourd’hui tirent leurs succès de la réinvention de catalogues de données. Le problème c’est qu’il faut les réinterroger, leur donner un projet, une vision, un but, des objectifs… autres qu’un projet de référencement sans fin.

 

Source : http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2010/04/28/pourquoi-avons-nous-besoin-de-catalogues-20/

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